L’affaire des bonus, les manifestations paysannes, à première vue, aucun rapport et cependant dans les deux cas on entend parler de « marchés « .

mercredi 29 juillet 2009
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L’association des deux événements peut surprendre. Et pourtant, dans les deux cas, il s’agit d’intervenir sur des marchés qui créent des injustices estimées insupportables, de réguler des marchés. C’est l’occasion de réfléchir sur ce qu’on appelle le marché. Un premier constat d’impose : le mot de « marché » ne crée pas un concept « universel. Il ne peut prétendre désigner toutes les formes des échanges économiques. Ce concept ne peut donc s’imposer comme l’explication et la justification d’un néolibéralisme qui prétend pouvoir maîtriser l’ensemble de ces échanges.

Dans un marché appelé financier, le mode de rémunération de certains leur assure des niveaux de revenus mal justifiés en cette période de crise. Dans un cas, on parle de marchés financiers. Et ce qui est en question c’est la place qu’ont prise les banques dans l’économie, à partir d’une de leurs fonctions :assurer le crédit nécessaire à une économie appelée à se développer de façon continue. Par cette fonction, les banques créent de la monnaie puisque la monnaie est ce qui permet les échanges économiques. Cette forme de monnaie a pris de l’importance avec l’impératif qui s’est imposé à l’économie : celle de la croissance perpétuelle. Dans cette économie développée et à développer,la monnaie-crédit est gagée sur l’avenir, sur la valeur escomptée "à venir".

La compétitivité devient la vertu économique par excellence, soutien apparent de la création de valeur. Développement permanent et compétitivité ouvrent la voie à la spéculation, qui est par définition pari sur l’avenir : compétitivité et spéculation sont le couple à la fois séduisant et maudit !. Les marchés du crédit ont pu tourner sur eux-mêmes ; les risques pris pouvaient être revendus sur la marché financier en offrant une chance de profit élevé ; cela s’appelait la « titrisation. On parle alors de bulles ! C’est dans l’immobilier que la bulle est apparu tournant dans le vide : la monnaie crédit qui le faisait tourner n’avait plus depuis longtemps de gage véritable, réel. Des analyses de cette affaire ont été faites et d’autres continuent. Jean Marie Albertini en a proposé une sur ce site.

On peut chercher à « moraliser » le système. La moralisation sera toujours limitée : elle ne peut aller contre la logique même de ce système. Le vrai problème n’est pas là ; C’est forcer les banques à revenir à ce qui fait leur métier et à ne plus privilégier l’animation d’un marché financier. Rien n’est perdu ! voilà que ce point de vue est celui du patron de l’organisme de contrôle de la City, à Londres, qui vient de dire que l’importance de l’activité purement financière des banques de la City est non seulement immorale mais contreproductive.

Dans un marché de l’agro-alimentaire, la crise et la nécessité de tenir les prix en laisse, permettent à une succession d’intermédiaires de faire baisser les rémunérations des producteurs au point d’en menacer l’existence. Le marché des productions agricoles est fait de produits divers, de chaînes assez longues où des intervenants se succèdent. C’est une succession de marchés où des valeurs se créent quasi au jour le jour. La spéculation à long terme n’est pas possible. Sauf sur certains produits qui ne font pas « tourner » le marché courant. Le marché des produits agricoles, dont une bonne part est transformée par une industrie dite agro-alimentaire, est animé par des batailles permanentes où le plus faible perd forcément, le plus faible étant celui qui dépend d’une gamme de produits restreinte et soumise aux aléas du temps.

La comparaison entre ces deux marchés éclaire parfaitement la différence qu’on fait aujourd’hui entre une économie réelle et une économie virtuelle. Celle-là fait vivre des femmes et des hommes sur des territoires habités, celle-ci fait vivre une classe enfermée dans un territoire qu’elle fabrique, virtuel. L’intervention des pouvoirs publics doit clairement choisir et ne pas laisser croire que les enjeux sont du même ordre.

Les plans de réforme ne remettent pas en cause l’économie inventée et permise par le « développement, la croissance ». On comprend qu’ils ne le puissent pas. Il s’agit d’abord de faire en sorte que l’économie, telle qu’elle est, ne s’arrête pas. Mais il a, là, l’occasion de penser l’économie autrement. Il est illusoire de croire qu‘on peut envisager une économie de décroissance ; on le sait depuis les années 5 avec le travail de qui s’appelait le club de Rome. Ce peut être le rêve, voire le choix de quelque uns et de quelques-unes, ce ne peut être un choix de politique économique raisonnée et raisonnable. Les marchés s’imposent, évidemment, et la croissance s’impose à l’économie mondialisée. Mais on peut penser l’économie de marché « au pluriel ».

C’est aussi l’occasion de parler de la croissance de façon nouvelle. S’annonce de plus en plus une nouvelle croissance, assurée sur le souci de l’écologie, mesurée avec de nouveaux indices. Comment imposer aux banques le financement de cette économie et une prise de vrai risque sur les activités qui la développent ? Comment dans les chaînes de marchés des produits agricoles soutenir de nouvelles liaisons entre acteurs, plus coopératives que concurrentielles ? Les citoyens ne doivent pas accepter de voir leur vigilance détournée des vraies questions et fixée sur des problèmes qui n’en sont pas vraiment. Ce qui est le cas de la rémunération des traders qui n’est vraiment pas un problème économique.


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