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Depuis les résultats des élections européennes, s’annonce effectivement un bouleversement des clivages traditionnels entre les tendances politiques portées par les partis. La stratégie d’ouverture de l’Elysée (il s’agit plus de stratégie que de politique) contribue aussi à faire passer au second plan les partis politiques dans l’opinion. Mais, en même temps, on rêve d’un bipartisme à l’américaine qui clarifierait les jeux politiques devenus assez obscurs pour les « amateurs » de politique.
Une bonne part des citoyens, pour protester, va vers les extrêmes et, au fond, souhaite ce bipartisme. Cette contradiction se lit de plus en plus dans les écarts entre un premier tour et un second tour, lorsqu’il y a deux tours. Une part non négligeable de l’opinion tend vers des extrêmes mais les « marges » qu’ils représentent sont exclues du débat politique. Ces marges se replient alors vers « la rue », laissant croire que là est la parole du peuple libre ! La rue a toujours été un espace d’expression des débats de la société civile et à ce titre la liberté d’expression est justifiée, mais elle est devenue l’exutoire des professionnels frustrés de la politique : ils y trouvent la possibilité d’exprimer un pouvoir de contestation sans avoir à préciser des propositions. L’opinion des citoyens se réduit alors facilement à la protestation. La politique de réformes de Sarkozy encourage le mouvement : elle conduit à protester dans tous les sens, sur des points très différents. Derrière cette politique, l’opinion citoyenne s’habitue doucement à « zapper » en politique. Il est plus facile de se sentir citoyen en protestant un peu à tort et à travers que de se faire citoyen en s’entretenant dans une culture politique. Le PS a cru qu’il y avait là un nouvel espace pour l’opposition. Il s’est un peu piégé et a du mal à se sortir du piège.
S’il y une confusion dans la vie politique, il y en a une autre dans les débats de la société civile ; cette confusion apparaît de plus en plus nettement dans les conflits sociaux. Les médias, en quête de personnalités meneuses faisant scoop, ont pris l’habitude de parler des conflits où il y a des figures de meneurs. Et les salariés engagés dans les conflits, prennent l’habitude de chercher à « faire parler d’eux » pour avoir une position de force dans les négociations. La crise économique devient une succession de crises sociales, individualisées. L’analyse sérieuse de la crise et la recherche de solutions durables s’effacent. Il s’agit d’abord de répondre au coup à coup, de trouver et d’accumuler des solutions partielles. Il devient plus important de faire payer « le capitaliste » immoral que de chercher de nouvelles formes de gestion des conflits.
Dans ce contexte, on laisse croire que les syndicats ont perdu la face et la main. La réforme de leur représentativité les conduit à retrouver leur place et les formes d’alliances efficaces. Le vide provisoire est occupé par la stratégie du pouvoir et les médias sont friands de meneurs prenant à partie les directions syndicales, les accusant de se couper des « travailleurs ». Ce qui fait que l’opinion zappe sur des conflits où les syndicats paraissent s’effacer et, en même temps, souhaite qu’ils restent actifs dans les négociations d’ensemble. Les sondages montrent qu’on croit plus à l’efficacité des syndicats qu’à celle des partis.
En politique comme dans les conflits de la société civile, nous vivons donc une époque de confusion. On pourrait se désespérer. Mais cette confusion devrait permettre à de nouvelles façons de voir les problèmes qui se posent de s’afficher. Et là, les réseaux d’échanges et de communication que fait vivre le Web commencent à prendre du sens. Les « amateurs » actifs dans la société trouvent de quoi alimenter la réflexion, des réunions donnent la parole à de nouvelles approches, elles sont relayées par des sites. Les citoyens ne doivent pas se tromper de vigilances ; leur vigilance ne doit pas seulement alimenter leurs contestations. La vigilance doit aussi se faire par l’écoute attentive dans ce qui se dit et se joue dans la société civile. Notre Forum trouve ici sa place.
