La politique qui devait protéger de l’insécurité et arrêter sa croissance n’a pas répondu aux promesses et aux attentes supposées : les agressions contre les personnes montent et cette année les cambriolages ont augmenté de façon importante.. Du moins c’est ce que disent les statistiques. Il est vrai que la pression faite sur les policiers et les gendarmes pour qu’on puisse afficher des statistiques rassurantes paraissent avoir fausser les comparaisons entre les chiffres, en les poussant à déclarer plus qu’avant des infractions constatées et poursuivies.
Selon la politique choisie les policiers ont été organisés et formés plus à la répression rapide qu’à la prévention : ils étaient faits pour arrêter les coupables et non pour faire de l’éducation dans les quartiers difficiles. La police dite de proximité a été remplacé par des équipes d’intervention « musclées », les contrats de politique de sécurité dans les communes, associant acteurs de la prévention et agents de la répression, ont été découragés. La politique judiciaire et pénitentiaire, fondée sur une obligation de reconnaître les torts faits aux victimes et d’éviter les récidives en enfermant plus longtemps des « racailles », a fait monter les gardes à vue et les emprisonnements. Les prisons ont vu le surnombre des condamnés augmenter et ont accueilli de plus en plus de personnes relevant plus de soins psychiatriques que de peines d’enfermement.
Depuis des années les professionnels de l’administration pénitentiaire et les associations qui interviennent dans les prisons dénoncent des conditions de vie qui créent des comportements violents. Les politiques ont toujours mis des gants et des boules Quiès pour parler du problème pour ne pas prendre à revers une opinion portée à penser que le confort des prisonniers est un coût inutile. Sarkozy, jusque là ne prenait pas l’état des prisons françaises pour un problème. Il vient de se convertir, annonçant comme une nouveauté que les prisons françaises « faisaient la honte de notre démocratie ». On peut prendre comme une bonne nouvelle cette découverte et l’enthousiasme qui saisit notre président pour sortir de cette situation.
La succession de suicides en prison a amené la ministre de la Justice à demander un rapport qui a confirmé les conclusions des précédents et les observations faites par le contrôleur des conditions pénitentiaires en fonction depuis plusieurs mois. Les premières annonces de la ministre ont pu surprendre ; elles ont surtout surpris les professionnels : elles portaient à croire que la solution était dans un renforcement des mesures de sécurité, une surveillance plus fine des prisonniers « en danger »… alors que tous les rapports allaient en sens inverse. Mais depuis, il semble que la ministre ait relu plus attentivement les observations et préconisations. A suivre. Une autre bonne nouvelle. Le nouveau ministre de l’Intérieur organise une série de réunions où devrait être abordée la question de la relation des jeunes et des policiers. A cette occasion des policiers disent que c’est la représentation que le police se fait d’elle même, encouragée par les discours jusque là privilégiés, qu’il va falloir modifier. On revient à une police intégrée dans « son quartier ».
Cette série d’événements interpelle les citoyens. C’est la démocratie qui est en jeu. L’obsession de la sécurité a fait qu’il fallait plus punir, voire exclure, que chercher à rétablir la cohésion sociale, mise en défaut par le délit ou le crime. Les réformettes successives ont concerné les procédures qui se succèdent de l’enquête à l’affectation d’une sanction et son exécution , en passant par une instruction, une confirmation de soupçons, un procès:il s’agissait de bien punir plutôt que de rendre une justice. Dans le contexte, la défense est portée à protéger l’accusé, coûte que coûte, des risques d’injustices plutôt que de participer à l’application de la justice. L’accusé perd le sens de la peine appliquée et, du même coup, le sens du délit commis.
Il va falloir être vigilant sur les réformes qui s’annoncent. C’est l’occasion de sortir l’opinion de son indifférence sur la façon de rendre la justice : elle a pris l’habitude d’alterner entre le souhait d’une dure pénitence et la pitié, les affaires de justice étant devenues des « faits divers ».
