Les élections sont sans doute un des signes qu’un territoire vit sous un régime plus ou moins démocratique. Mais il faut sans cesse rappeler qu’elles ne suffisent pas à garantir la démocratie : la vie démocratique d’une société ne se mesure pas à l’importance et au succès des élections. La participation du corps électoral n’a jamais été, à lui seul, un signe de démocratie. Elle a été très faible au début de la démocratie française. Elle a été restreinte pendant des années par des systèmes plus ou moins censitaires. Le vote des femmes, en Franc, date de 1945 ! L’élection est le signe que le peuple existe, qu’il se manifeste. Mais elle ne fait pas, à elle seule, la démocratie.
Le fait qu’on parle d’élections aux quatre coins du monde, nous donne l’occasion de préciser, pour notre temps, ce qui fait une démocratie, et, pour ce faire, d’élargir notre façon de voir, de sortir de nos raisonnements « hexagonaux ». La construction européenne le permettait et le permet. On voit que ce n’est pas facile, on a tendance à penser l’organisation politique de l’Europe d’aujourd’hui, nous sommes obligés de faire ce travail. D’autant plus que tout ce qui se trame autour de notre « identité nationale » risque fort de nous faire passer à côté de l’histoire. De Villiers et Chasse, pêche et tradition, intégrés dans la majorité n’est pas de bon augure !
Ce travail de réflexion nous est facilité par une certaine abondance d’écrits, de débats. Il faut parmi ceux-ci souligner l’intérêt des pistes ouvertes par Rosenvallon, notamment dans son dernier livre, heureux contrepoids à certains propos tentants de Todd !.
Une première question se pose : A quels signes reconnaît-on qu’à un moment de son histoire, un assemblage personnes et groupes, sur son territoire se fait « peuple de citoyens », participant sous une forme ou une autre aux décisions qui encadrent et créent les relations sociales qui le font « société » ? Notre histoire française, partie d’une histoire européenne, nous a livré une réponse. On peut citer six caractéristiques. Des élections au suffrage dit universel permettent au peuple d’envoyer des représentants dans les instances de pouvoirs politiques, où est assurée une séparation des différents pouvoirs. Une constitution politique approuvée par une majorité définit les règles du jeu politiques et affiche les valeurs partagées à un moment de l’histoire. Des institutions diverses contrôlent la cohérence des décisions prises par un pouvoir exécutif avec la constitution. Une organisation d’une société dite civile respecte un minimum d’égalité, de justice et une liberté d’expression. Une distribution des pouvoirs politiques assure en permanence une proximité des pouvoirs avec le « peuple », notamment par une décentralisation. Un système d’éducation développe la capacité des citoyens de comprendre les événements, en assurant un minimum d’esprit critique. Chacun de ces paramètres peut avoir une forme, un état donnés à un moment de l’histoire, mais on peut aujourd’hui dire qu’aucun ne peut être ignoré et effacé par les pouvoirs politiques.
L’état de la géopolitique fait que la laïcité est en jeu. La relation entre une religion majoritaire et le pouvoir conditionne l’existence et la vie de plusieurs de ces paramètres. On peut accepter qu’une religion majoritaire, solidement installée au cœur des valeurs de la société par une tradition, soit proche du pouvoir politique. Mais si cette religion a mis en place une hiérarchie forte, celle-ci risque toujours de s’imposer, voire de se substituer aux pouvoirs politiques et d’empêcher une vraie liberté de choix des citoyens. Ce qui se joue au moyen Orient nous rappelle que la laïcité est à tenir dans la société civile avant d’être une proclamation politique. La réflexion sur la démocratie aujourd’hui conduit forcément à revoir la relation entre le religieux et le politique, et du même coup, entre les religions et la politique. Deux dimensions du problème.
