Le 1er mai, fête du travail
Pendant toute la campagne électorale précédant le premier tour des élections présidentielles, le président-candidat a déployé son art de saturer les médias avec des thématiques fort éloignées des préoccupations majeures des français : la viande Hallal, la civilisation, l’immigration… A chaque fois, il réussit à ce que, pendant quelques jours, il ne soit plus possible d’évoquer autre chose que le thème qu’il a choisi.
M Sarkozy vient de réutiliser cette technique en lançant un nouveau produit « le vrai travail » qui s’opposerait au faux travail, celui des fonctionnaires bien sûr, mais celui des gens « normaux » ayant des horaires « normaux » respectant les normes du code du travail, celui des petits jobs, voire le travail à temps partiel ou même le chômage ? Les dernières situations étant choisies par paresse évidemment !
Nous voilà à nouveau pris au piège : ne pas réagir, ne pas en parler c’est cautionner l’analyse du président-candidat et l’idéologie sous jacente. Réagir, c’est créer la polémique qu’il souhaite, empêcher la gauche d’aborder les thèmes qu’elle a envie de faire partager. De surcroît, ce débat attise des tensions autour des défilés du premier mai. Il ne peut qu’inciter les provocateurs à enclencher des violences dont on sait qui elles serviront. Nous faisons confiance aux partis politiques de gauche pour contourner l’obstacle.
Le Club Convaincre du Rhône considère le travail comme une valeur absolument centrale. Le travail, c’est « faire et, en faisant, se faire » ont écrit à vingt quatre siècles d’intervalle Platon, Saint Thomas d’Aquin et Marx. Pour cette raison, quand le travail vient à manquer, il faut le partager. Il faut que tous les hommes et femmes puissent en avoir. Le travail construit les personnes et les communautés humaines sous l’angle matériel, éthique et spirituel.
Non, tant qu’il y aura des êtres humains, il y aura du travail, de l’énergie humaine mis au service du développement de la vie. Ses formes, les statuts qui le régissent peuvent changer, mais « la fin du travail » est une négation de la nature humaine, dans ses dimensions individuelles et collectives, et donc un anti-humanisme. On peut peut-être abolir le salariat, pas le travail.
Non, Monsieur Sarkozy, le contraire du vrai travail n’est pas le faux travail. Le travail, comme la République, est un et indivisible. Le contraire du travail, ce n’est pas la solidarité, l’assurance-chômage, l’assurance maladie, l’assurance retraite. Ce ne sont pas ces indemnités qui sont toutes issues des revenus du travail des assurés. Le contraire du travail, c’est la rente. Le contraire du travail, ce sont les revenus issus du capital, ce sont les privilèges, c’est la vie aux crochets de ceux qui travaillent ! Vive le 1er mai !
CONVAINCRE-RHÔNE : VOTEZ HOLLANDE
Comme vous le savez notre club de réflexion ne roule pour personne. Notre lointain initiateur, Michel ROCARD, a démontré que liberté et engagement peuvent, doivent, aller de paire. L’engagement, nous le faisons chacun à notre manière. La liberté et le débat, c’est dans nos gènes. Alors pourquoi appeler à voter François Hollande ?
Certains d’entre nous peuvent être tentés de voter Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon ou François Bayrou. Nous partageons avec ces candidats des valeurs qui font notre identité et qui ne sont pas que des grands mots : à la devise républicaine on peut ajouter solidarité, justice, démocratie (faire non seulement pour, mais par les femmes les hommes), ouverture aux autres, à tous les autres, « développement de tout l’homme et de tous les hommes », comme disait l’économiste François Perroux. Dommage que les économistes d’aujourd’hui l’aient un peu oublié.
Mais voilà, il faut appliquer à ces valeurs ce que disait le philosophe Georges CANGUILHEM à propos de la paix : « je n’ai pas besoin de l’amour de la paix ; ce que je demande, c’est l’intelligence de la paix ». Tiens, on peut aussi la rajouter, cette valeur, elle est bien utile par les temps qui courent ! Pour nous, c’est cela la politique : avoir l’intelligence nécessaire pour faire avancer les valeurs auxquelles ont croit. Certes, il faut d’abord y croire ; ça permet déjà d’éliminer au moins deux candidats. Mais ça ne suffit pas. Pourquoi pas Mélenchon qui parle si bien ? Lisez l’interview de Daniel Cohn-Bendit dans le monde daté du 10 avril, tout y est : la place centrale réservée à l’Etat, la haine des Etats-Unis et de l’occident au profit de la Chine, de Fidel Castro et de Hugo Chavez, le rejet de l’Europe comme solution. Bref une vision nationale-centralisée très première-gauche. La complexité de notre monde et de notre économie ne peuvent se satisfaire d’une telle vision rétrécie.
Pourquoi pas Eva Joly, si sincère et authentique ? Les français ne s’y trompent pas : autant ils sont prêts à voter pour les verts aux élections locales, autant ils ne croient pas une seconde à leur capacité à prendre en compte la réalité du fonctionnement de notre société et de notre économie globalisée. Relisez sur ce site le compte-rendu du livre de Jean Gadrey « Adieu à la croissance », vous serez convaincu. La manière de traiter la question du nucléaire est emblématique d’une vision « religieuse » de la société : on est anti par principe. Cela relève de la fois. Comment on fera ? Peu importe…
Pourquoi pas François Bayrou, l’homme du bon sens paysan ? D’abord parce que le narcissisme et le destin personnel, merci on a déjà donné ; un président de la république doit être un animateur d’équipes et pour Bayrou, l’histoire rend sceptique. Ensuite parce que s’il arrivait au pouvoir on peut se demander de quel côté pencherait un tel invertébré. Où plutôt si, on le sait. L’histoire là aussi nous l’enseigne. Ce n’est pas parce que ce n’est pas le pire que c’est le meilleur !
Nous choisissons François HOLLANDE :
D’abord parce que d’évidence c’est le mieux à même d’éviter le pire danger : la reconduction de Sarkosy. La politique est d’abord l’art d’éviter le pire. Parce qu’il incarne les valeurs de la République. Nous le savons respectueux des institutions qui la font vivre et nous sommes sûrs qu’il ne voudra pas passer outre pour des raisons électorales (cf le texte de Jeanneney que nous mettons sur le site).
Parce dans le narcissisme du monde politique, il fait plutôt exception. Il connaît l’art de créer du consensus ; certains trouvent même trop. Mais la fonction fait évoluer les hommes et pour la démocratie, c’est une belle leçon.
Parce qu’il mesure la complexité de nos société, aussi bien la française que la mondiale : il s’est engagé fortement pour un approfondissement de la décentralisation.
Parce qu’il a une vision européenne profonde et non suiviste.
Enfin parce que pour lui l’économique est indissociable du social : la régulation ne devrait pas être simplement un mot de tribune qu’on oublie si tôt descendu.
Le bureau du club Convaincre-Rhône
