EDITORIAL

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Compte rendu du débat du 9 juin 2016 : Quelle Europe pour le monde de demain ?

Hommage à Michel Rocard

9 Juin 2016 : Quelle Europe dans le Monde de demain ?



Michel Rocard

Michel Rocard nous a quitté. Il était à l’origine des Clubs Convaincre. Nous sommes en deuil. L’avalanche d’hommages de tous horizons que sa mort a provoqué montre la dimension exceptionnelle du personnage.

Ces multiples hommages convergent pour faire ressortir d’une part un projet politique innovant et d’autre part une stature d’homme politique incorruptible et d’une exceptionnelle clairvoyance. Le projet cherchait à adapter le socialisme à l’époque, en évitant la tradition centraliste jacobine tout en protégeant de l’outrance du système capitaliste. Equilibre difficile où ses modèles étaient ceux des pays du Nord. L’homme politique incorruptible, toujours à l’affut d’idées nouvelles, tranchait avec le milieu dans la mesure où il ne se laissait ni corrompre ni lier par des idées venues de ses amis lorsqu’il les trouvait inadaptées.

Il a longtemps incarné la « deuxième gauche » dont il a lui-même donné la définition lors de son discours, en 1977, sur les « deux cultures » de la gauche. La première étatiste, jacobine, toujours plus ou moins prisonnière d’un surmoi marxiste, se voulait le partenaire obligé du parti communiste et de la CGT ; l’autre, décentralisatrice, girondine, prenant appui sur la société civile contre la centralisation étatique, nourrie par le laboratoire d’idées qu’était et est toujours la CFDT (voire le compte personnel d’activité CPA dont on parlera dans dix ans dans les mêmes termes que de la CSG ou du RMI aujourd’hui). Il était socialiste, à huit jours de sa mort il s’en réclamait toujours, reprochant à Valls de vouloir changer le nom du PS ! Entre temps, sa recherche l’avait entraîné à l’autogestion et à un « modèle » yougoslave. A la différence de la première gauche, Michel Rocard connaissait et reconnaissait l’apport de la social-démocratie allemande comme celui d’un « New Labour », lorsque d’autres leur refusaient leur appartenance à la gauche car non conforme au modèle français. C’est ainsi que Lionel Jospin, alors Premier ministre, refusa de signer un texte définissant ce que pouvait être une gauche de gouvernement, texte établi par Gerhardt Schröder et Tony Blair, qu’il taxa d’« ultralibéralisme ». Michel Rocard fut toujours en demande d’un aggiornamento du socialisme français. « Parler plus vrai, plus près des faits », disait-il. Mais jamais ces désaccords idéologiques ne conduisirent à la rupture : Michel Rocard témoignait de quelque chose qui a presque complétement disparu, en tous cas au sein du PS, l’esprit de parti.… Il laisse une trace essentielle dans la gauche française, celle de la recherche de l’innovation à la place d’une référence à la tradition, et celle d’un point de vue collectif qui devrait trouver de nouvelles traductions dans une société de plus en plus individualiste ; mais tout cela dans une fidélité à l’histoire et à l’esprit qui animait les vrais réformateurs. « L’histoire nous a doté du seul mot qui fait primer le collectif sur l’individualisme : le socialisme. C’est même la seule chose que le socialisme veuille dire… » écrivait-il dans son testament politique 8 jours avant sa mort.

La richesse de sa pensée et de son action nous crée une obligation, à nous ses héritiers qui n’avons pas pour objectif de les monnayer sur le marché du politique, celle de la méditer pour continuer à se l’approprier et en faire profiter des générations pour lesquelles la politique a un tout autre sens que celui qu’il nous a légué.

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